Léon JACOB - Né le 12 février 1890 à Corancy (Nièvre)

Léon Jacob, dont les ancêtres sont originaires d’un hameau de la commune d’Alligny-en-Morvan (un groupe de maisons porte encore le nom de Puits Jacob), fut, vers 1920, l’un de mes instituteurs à Alligny-en-Morvan. Dès cette époque il commença à intéresser et à inviter ses élèves au folklore. Revenu grand mutilé de la guerre 1914-1918, il organisa dans notre petite commune les premiers galas au profit des anciens combattants et victimes de la guerre. Il fit appel à tous les talents et nous fit, avec quelques camarades, débuter très jeunes sur les planches.
Léon Jacob, qui fut aussi le vielleux du groupe folklorique « Les Galvachers » de Château-Chinon et du groupe « Valentin » de Dijon, est décédé en 1964.
« Le Morvan Cœur de la France », tome II – page 485
J. Bruley
Commis-voyageur en folklore morvandiau
Le barde Léon Jacob
possède une arme secrète pour faire danser le branle aux Dijonnais
A 60 ans bien sonnés, M. Léon Jacob a conçu de vastes et ambitieux dessins. Il a pris le Citroën et s’en est venu à Dijon. En descendant du car, il a regardé la ville et, comme feu Rastignac contemplant Paris, il s’est écrié : « A nous deux ! »
Car il a juré d’annexer Dijon au Morvan.
Son arme secrète – ce conquistador morvandiau a mis tous les atouts dans son jeu – est un instrument bizarre qui possède des touches de piano, des cordes de violon et une manivelle de moulin à café. Il en tire des sons vifs, aigrelets et doués de pouvoir diabolique qui vous donne une irrésistible envie de lever la jambe en cadence.
Mais vous avez deviné qu’il s’agit d’une vielle ! C’est sur celle-ci que Léon Jacob compte pour subjuguer les Dijonnais et en faire d’authentiques Morvandiaux.
Son raisonnement est simple ! Le jour où les Bourguignons sauront danser le branle au son de la vielle, ils seront d’authentiques Morvandiaux, et la Bourgogne cédera le pas au Morvan : C.Q.F.D. !
Léon Jacob, c’est le Morvan fait homme ! Discutez cinq minutes avec lui, et, en moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire, il vous aura démontré par A + B que la France n’est autre qu’une banlieue du Morvan. Et si par hasard vous entendez dire qu’il s’est constitué quelque part du côté d’Arleuf (prononcez Arleu) une république autonome du Morvan (pour rire, bien sûr), vous pouvez parier un « Kir » qu’à sa tête vous trouverez Léon Jacob avec sa vielle en bandoulière, sa biaude, ses sabots et son visage épanoui et matois de gars nourri du « grapiot » national morvandiau.
Le Morvan, je le répète, c’est Léon Jacob, et Léon Jacob, c’est le Morvan.
Il a des références, et des solides. Il a vu le jour à Corancy, près de Château-Chinon, avant de se faire naturaliser « Arleuquin », c’est-à-dire citoyen d’un sacré pays de bagarreurs, Arleuf. Plus tard, il a été maître d’école et, avant d’apprendre le français à ses élèves, il a dû lui même potasser le morvandiau, qu’il parle aussi couramment qu’un académicien le français.
Quand a sonné pour lui l’heure de la retraite, il s’est fait barde. Son premier soin a été de se munir de l’accessoire indispensable à son nouvel état social. Pas question de lyre pour ce poète en sabots. Ce qu’il voulait, c’était une vielle. Il a fini par la dénicher et, servi par un solide atavisme, a rapidement acquis le « coup de poignet » sans lequel il n’en eût tiré que d’inharmonieux miaulements.
Commis voyageur en folklore morvandiau, il a trouvé à Dijon des alliés enthousiastes ! L’Amicale des Enfants du Morvan l’a accueilli à bras ouverts. Il est devenu un pilier du « Groupe Valentin » et je vous assure que le jour où les Morvandiaux descendront dans la rue, cela fera un joli branlebas ! Tout le monde suivra le barde. Et ça bardera !
Car Léon Jacob n’est pas un vielleux comme Lazarre Pasquelin, d’Arleuf, qui était si décati qu’il jouait tout de travers, et qui répondait quand on le lui faisait remarquer : « Danchite don chument. Voicuppez pas de c’qui joue » (traduction libre : contentez-vous de danser, et ne vous occupez pas du reste).
Et ça « bardera » le soir où les Morvandiaux de Dijon descendront dans la rue.
« Bourgogne Républicaine », de Dijon (1951).
J. Voitout.